Un chiffre sec, brut : en France, près de 97 % des dentifrices vendus en grande surface contiennent au moins un ingrédient qui fait débat parmi les scientifiques. Sur l’étagère de la salle de bain, derrière l’étiquette prometteuse, se cache souvent une petite liste d’additifs qui n’ont rien d’anodin.
Composants controversés
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Dans la grande majorité des tubes vendus, on retrouve des substances classées comme perturbateurs endocriniens : butylparaben, polyparabène, triclosan… et la liste ne s’arrête pas là.
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Certains dentifrices médicamenteux avancent masqués, changeant la dénomination des parabènes pour semer le doute : le propylparabène s’affiche sous le nom de proxyl-p-hydrobenzoate, tandis que le polyparabène de sodium devient proxyl-p-hydroxybenzoate de sodium. Ces changements de façade n’enlèvent rien au problème : la composition reste sujette à caution.
Dioxyde de titane
Impossible d’évoquer les ingrédients polémiques sans parler de l’E171, alias dioxyde de titane. Interdit dans l’alimentation depuis mars 2019, mais encore toléré jusqu’à janvier 2020, ce pigment est omniprésent dans les dentifrices, souvent sous la forme de nanoparticules. Son pouvoir blanchissant séduit les industriels, mais la question de sa toxicité reste entière.
L’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) a tiré la sonnette d’alarme en 2016 : l’ingestion de nanoparticules E171 présenterait des risques, difficiles à maîtriser. Pour le consommateur, le repérer n’est pas toujours évident : il se cache sous l’appellation CI 77891 sur les emballages.
Le Triclosan
On le retrouve dans les savons, les gels douche, les produits antibactériens et antifongiques… mais aussi dans de nombreux dentifrices cosmétiques. Le triclosan, en favorisant la résistance aux antibiotiques et en perturbant le système endocrinien, inquiète la communauté scientifique. Certains soupçonnent même un potentiel cancérogène.
Sulfate de lauryle de sodium
Sous l’acronyme SLS, ce tensioactif donne au dentifrice sa mousse caractéristique. Mais son action ne s’arrête pas là : il peut altérer la perception du goût sucré et rendre amer le moindre jus d’orange avalé juste après le brossage. Cette sensation désagréable, beaucoup l’ont déjà expérimentée.
Pire encore, le laurylsulfate de sodium fragilise la muqueuse buccale, favorisant aphtes et irritations. Ce composant, désormais classé parmi les perturbateurs endocriniens, n’a rien d’anodin.
Edulcorants artificiels
Pour donner leur goût agréable, de nombreux dentifrices contiennent aspartame ou saccharine. Fréquents dans les aliments sans sucre, ils surprennent dans un tube de dentifrice. Leur consommation répétée expose à des risques : prise de poids, désordres neurologiques, infections et certains types de cancers sont évoqués par plusieurs études.
Fluor
Le fluor a longtemps été présenté comme l’allié incontournable contre les caries. Pourtant, il n’est pas sans risque, en particulier pour les plus jeunes. Un enfant laissé sans surveillance peut ingérer une quantité non négligeable de dentifrice. L’accumulation de fluor dans l’organisme est susceptible de perturber le fonctionnement hormonal.
Propylène glycol
Surprenant mais vrai : certains dentifrices contiennent du propylène glycol, un ingrédient que l’on retrouve aussi dans les antigels, les peintures, les vernis ou les liquides de refroidissement. Ce n’est pas un hasard si les laborantins manipulent ce produit avec des gants et des lunettes. Sa place est-elle réellement dans un tube destiné à la bouche ? On peut sérieusement en douter.
Diéthanolamine (DEA)
Comme le sodium lauryl sulfate, la diéthanolamine sert à faire mousser le dentifrice. Mais ce qui choque, c’est que cet ingrédient ne sert qu’à améliorer l’apparence du produit. Son absorption par la peau serait associée à un risque de cancer et, là encore, il s’agit d’un perturbateur endocrinien.
Microbilles
Les microbilles en plastique présentes dans certains dentifrices ne représentent pas un danger immédiat pour la santé humaine, mais leur impact environnemental est catastrophique. Invisibles à l’œil nu, elles se dispersent partout dans la nature et contaminent la faune marine, jusqu’aux poissons que l’on retrouve dans nos assiettes.
Vers une interdiction du dioxyde de titane ?
Le dossier n’est toujours pas tranché. La Commission européenne a étudié la question mais n’a pas statué sur une interdiction totale. De leur côté, les experts de l’Anses n’ont pas réussi à établir un consensus sur la dangerosité du dioxyde de titane. Malgré cela, les chercheurs de l’INRA ont pointé du doigt des risques réels : anomalies cellulaires, stress oxydatif, troubles observés chez les animaux de laboratoire. Les difficultés à évaluer précisément les effets des nanoparticules compliquent l’établissement d’une dose quotidienne sans danger. Résultat : aucune valeur de référence n’est fixée à ce jour.
Quand changer de brosse à dents ?
Ce sujet mérite qu’on s’y attarde, car il concerne directement les consommateurs de dentifrice. Les grandes marques comme Colgate, Signal ou Oral-B, qui vendent aussi des brosses à dents électriques, n’hésitent pas à orienter nos habitudes.
Sur les emballages, il est conseillé de renouveler sa brosse à dents tous les trois mois. Pourtant, les dentistes sont formels : ce chiffre n’a aucun fondement scientifique. Il s’agit d’un argument commercial destiné à accélérer la rotation des stocks.
En réalité, la durée de vie d’une brosse à dents dépend surtout de son utilisation. Certains la rendent inutilisable après quinze jours, d’autres la conservent trois mois sans problème. Un geste trop énergique accélère l’usure. On estime qu’une brosse à dents est efficace pendant environ sept heures d’utilisation cumulée.
Voici les signes qui montrent qu’il est temps de la remplacer :
- Les poils sont déformés ou usés
- Vous avez été malade récemment : la changer après une infection évite la prolifération des bactéries
Pour préserver une bonne hygiène bucco-dentaire, deux brossages quotidiens restent la règle. Cette routine ne dispense pas d’un suivi régulier chez le dentiste, gage d’une bouche en bonne santé sur le long terme.
Au final, choisir son dentifrice et sa brosse à dents ne relève plus seulement de la routine : c’est un acte qui invite à regarder de plus près la composition, à interroger les réflexes imposés par l’industrie, et à faire des choix un peu plus éclairés. La prochaine fois que vous tenez un tube entre les mains, la question n’est plus « menthe ou fraise », mais bien : que voulez-vous vraiment mettre dans votre bouche ?
