Comment l’enfant développe ses premières compétences sociales

Parfois, nos enfants attrapent, crient, mordent ou poussent, il n’y a rien d’étonnant à cela. Avant 2 ans, la socialisation n’est qu’un chantier en friche. Nous avons pourtant des clés en main pour accompagner ce petit monde dans l’apprentissage du vivre-ensemble, leur montrer comment entrer en contact, s’affirmer sans heurter, et respecter l’autre sans s’effacer.

Tout d’abord, rassurons-nous : tout cela est ordinaire

Des travaux récents en neurosciences l’ont montré sans détour : réguler ses émotions n’est pas un réflexe inné chez les tout-petits. On l’a évoqué dans un article précédent : mettre des mots sur ce qui secoue nos enfants, sans jugement, fait souvent retomber la tension. Un adulte qui verbalise aide l’enfant à apprivoiser ce qu’il vit, à poser les premiers jalons d’une communication apaisée.

Une leçon de morale, sur le vif, devant les copains ?

Peine perdue, la plupart du temps. Quand l’émotion explose, aucune explication ne passe. Il vaut mieux attendre que le calme revienne pour aborder ce qui s’est passé : pourquoi c’est gênant d’arracher un jouet, ce que ça provoque chez l’autre, ce que l’enfant y perd lui-même. Par exemple : « Si tu prends la pelle sans demander, l’autre risque de la serrer fort ou de s’énerver. Mais si tu demandes, tu as plus de chances qu’on te la prête. » Ajustons le discours à l’âge, bien sûr, inutile d’en rajouter si l’enfant est trop jeune pour tout saisir.

Après avoir expliqué, il reste à proposer une alternative concrète

Scène de bac à sable : Louise attrape la pelle d’un petit garçon. Inutile de trancher à coups de « Il l’avait avant », cette règle n’est pas toujours juste ou applicable (on a tous déjà attendu qu’un autre finisse pour emprunter son couteau à table…).

Mieux vaut rappeler la règle, « On ne prend pas des mains », et surtout, ouvrir le champ des solutions pour atteindre l’objectif autrement.

Voici quelques pistes à proposer à l’enfant pour l’aider à obtenir ce qu’il souhaite sans passer par la force :

  • Demander poliment, en expliquant pourquoi il en a besoin : « Peux-tu me prêter la pelle ? J’aimerais faire un château. »
  • Proposer d’échanger un autre jouet : « Je te donne ma petite voiture si tu me laisses la pelle un moment. »
  • Suggérer d’attendre son tour : « Dis-moi quand tu as fini, je la prendrai après. »
  • Pour les plus grands, amener l’idée de trouver un compromis : « On fait chacun deux minutes ? »
  • Et si rien ne marche, encourager l’enfant à exprimer sa frustration : « Je suis déçu que tu ne veuilles pas partager, j’aurais bien aimé jouer avec toi. »

Accompagner la socialisation, ce n’est pas dicter, c’est guider

L’avantage de cette méthode, c’est qu’elle permet à l’enfant de constater lui-même quand ça fonctionne. Parfois, l’autre cède, surtout s’il sent que tout le monde y gagne. Et pour les plus âgés, on peut les inviter à inventer eux-mêmes une solution qui leur ressemble. Certains parents murmurent encore à l’oreille de leur enfant pourquoi il aurait intérêt à coopérer (comme le suggère l’article « Doivent-ils prêter nos enfants ? »).

Changer sa façon de faire, c’est long. Le « jeu de rôle » aide souvent à débloquer les situations

Un exemple tout simple : « Je veux emprunter ton scooter ; toi, tu joues la fille qui ne veut pas. », « Peux-tu me prêter ton scooter, s’il te plaît ? », « Non, c’est le mien, je l’ai eu pour mon anniversaire. », « Ça me ferait tellement plaisir, je te le rends dans deux minutes ! », « Je préfère le garder, je joue avec. », « D’accord, tu pourras me le prêter quand tu auras fini ? », « En fait non, je pars bientôt avec ma nounou. », « J’ai une idée : je t’échange mon super téléphone en jouet, ça t’intéresse ? », « Ok, mais tu me rends le scooter dans cinq minutes ? », « Promis ! »

On inverse les rôles, on recommence. Parfois, ça finit par un refus catégorique : « Non, non, non ! » L’enfant apprend alors à gérer la déception, à la dire : « Je comprends, mais je suis triste de ne pas jouer avec, ça m’aurait plu. » Ces scènes de jeu, les enfants les adorent, et c’est une porte d’entrée redoutable pour apprendre à demander, négocier, exprimer ce que l’on ressent.

L’exemple des adultes pèse lourd

Nos enfants observent tout, et retiennent plus qu’on ne croit (voir l’article « C’est la meilleure façon d’influencer le comportement de nos enfants »). Si un objet précieux passe entre les mains de l’enfant, pas question de lui arracher. On explique, on demande poliment, on propose une alternative. C’est valable à tous les âges, car le mimétisme façonne la façon de faire, bien plus que les discours.

Sur le chemin de la socialisation, chaque étape compte

Passer de l’impulsivité à une communication plus posée ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut du temps pour que le cerveau installe de nouveaux circuits, et pour que l’enfant prenne le pli d’exprimer ce qu’il veut autrement que par des cris ou des gestes brusques.

Mais à force de répétitions, de modèles cohérents et d’encouragements bien placés, nos enfants finissent par trouver leur place dans le groupe. Une part de patience pour les parents, quelques essais-erreurs pour les petits, et, au bout du compte, des échanges qui gagnent en finesse. Après tout, le terrain du bac à sable aujourd’hui, c’est peut-être le début des grandes discussions de demain.